Splendeurs et Misères du Z français


 

La "série Z", kézako ?

En gros, la série Z constitue le degré inférieur de la série B (voir la Lettre ouverte aux amateurs de Z de Richard J. Thomson, à la page "Interviews" de ce site). Au cours de l'histoire du cinéma et de la vidéo, la série Z est surtout présente dans le cinéma de genre, concept plus anglo-saxon que français (dans notre beau pays, c'est le cinéma d'Auteur qui règne en maître, et le cinéma de genre, trop commercial, est méprisé). Le Z est forcément fauché, souvent bâclé, pas toujours très inspiré, à en juger par les nombreux nanars qu'il a engendré. Mais attention, Z ne signifie pas forcément amateurisme. Parmi les grands noms du Z  figurent des personalités aussi diverses que Ed Wood ("le plus mauvais réalisateur du monde"), Roger Corman (le plus célébre des producteurs de cinéma bis), Lloyd Kaufman (le fondateur de la compagnie indépendante Troma), Jesus Franco (le très prolifique réalisateur de navets espagnols) ou encore le français Jean Rollin. Avec l'avènement de la vidéo, de jeunes réalisateurs se sont sentis pousser des ailes et on suivi le chemin de ces pioniers. En france, Richard J. Thomson est aujourd'hui le seul réalisateur professionnel spécialisé dans le cinéma de genre pratiquant la série Z parodique, à contre-courant du reste de la production hexagonale. Comme Monsieur Gourdin qui faisait de l'arthrose sans le savoir, de nombreux réalisateurs amateurs font du Z (et même pire que ça) sans en avoir conscience. Nous serons donc obligés d'écarter de ces pages le cortège d'obscures vidéastes oeuvrant dans le secret de la cour du pavillon familial et que la nullité du résultat ne permet pas d'inscrire pour autant dans la catégorie des réalisateurs de série Z.

RJT, un OVNI dans le PAF

Night of Vampyrmania (de Richard J. Thomson)A 27 ans, Richard J. Thomson a déjà à son actif de nombreux courts-métrages et six longs-métrages. Son style : la comédie fantastique sexy. Coproduits par la revue Mad Movies, les films de Richard souffrent eux aussi de la pénurie budgétaire (entre 10 000 et 100 000 francs selon les films, on est proche du record !). Obstiné, le jeune réalisateur enchaine film sur film et gagne peu à peu de la notoriété. A la différence de beaucoup d'autres réalisateurs de films de genre, Richard pratique le second degré, la caricature et l'autodérision avec une certaine habileté, ce qui fait aisément passer la modestie de ses moyens. Une autre de ses marques de fabrique consiste en un casting des plus hétéroclites : au générique de ses films se cotoient  le chanteur Edouardo,  les stars du porno Dolly Golden,  Elodie Chérie et Coralie, l'humoriste Pascal Selem... sans oublier de nombreux rédacteurs de Mad Movies ! A mi-chemin entre Jean-Pierre Mocky (pour la provoc !) et John Carpenter, Richard J. Thomson est un véritable ovni dans le PAF.
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Le roi du gore

Mad Mutilator (de N.G. Mount)Tout zédophile qui se respecte se doit de visionner au moins un film du sieur N.G. Mount, alias Norbert Moutier, rédacteur à L'Ecran Fantastique et propriétaire d'un vidéoclub (square Montholon, à Paris). Ce cinéphile passionné de cinéma bis a tourné un dizaine de films ultra-Z dans les 20 dernières années, aux titres joliement évocateurs : Trépanator, Mad Mutilator, Alien Platoon.... Entouré d'une petite équipe d'amis dont les fidèles Jean Rollin et Sylvaine Charlet, Monsieur Norbert réalise ses films dans la pénurie la plus totale. Ne reculant devant rien, il s'est lancé à l'assaut de tous les genres : films d'horreur bien-sûr, mais aussi film de dinosaures, psychokillers, films de guerre et même une adaptation d'Edgar Poe ! Bien-sûr, le résultat est à la hauteur du budget... A la fin de la projection d'un de ses films, on oscille toujours entre l'admiration, l'effarement et la crise de rire, d'autant que le vidéaste a une fâcheuse tendance à accumuler les imvraisemblances scénaristiques, les faux raccords et autres maladresses. Le recours à des comédiens amateurs ne fait qu'ajouter au surréalisme touchant de certaines scènes. Les décors, quant à eux, sont un peu toujours le mêmes : il y a la forêt de Fontainebleau (dés que la séquence doit se passer en extérieur) et il y a la cave du vidéoclub (pour les intérieurs). Une cave tantôt aménagée en labo scientifique, en funérarium, en vaisseau spatial, en studio de télé, en salle d'Etat Major, en bureau du Président etc... Bref, la cave à Norbert, c'est Hollywood et Cinecita réunis... Coté gore, Norbert Moutier n'y va pas avec le dos de la cuillère : énucléations, empalements, étripages et démembrements en tous genres parsèment ses films. Les effets spéciaux sont parfois réussis (rarement, en fait...), souvent foireux, mais qu'importe : le coeur y est, et Norbert réussi tout de même à filmer des séquences bien gerbeuses avec 3 francs 6 sous. La filmographie hallucinante de cet électron libre de la vidéo underground a de quoi ébahir les plus blasés, aussi ne saurions nous trop vous conseiller de vous procurer ses cassettes (à consommer avec modération, tout de même...).
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La relève

N.G. Mount a mis le pied à l'étrier à plusieurs jeunes inconscients, pardon : réalisateurs, qui se sont lancés eux aussi dans la production de films élaborés dans des conditions frôlant l'indigence absolue. Nous ne citerons que deux cas : Joe Blood Benson et Antonio Cervero.

Zombi Killer (de Joe Blood Benson)Le premier a réalisé voici quelques années un moyen métrage intitulé Zombi Killer. Tourné avec des potes (pas toujours à jeun, de l'aveu même du  réalisateur !), ce film conporte de jolies scènes de zombis marchant au crépuscule dignes de Carpenter, ainsi que des images gore très efficaces dignes de Romero. Cote scénario, le réalisateur se montre plutôt digne de... pas grand chose, étant donné la confusion générale et la débilité des dialogues ! Les acteurs font ce qu'ils peuvent, c'est-à-dire pas grand chose, mais bon, c'est un bel essai que le réalisateur devra transformer, grâce entre autres à un véritable script...

Quant au second larron Antonio Cervero,sculpteur et maquilleur inspiré ayant exercé ses talents chez N.G. Mount et Richard J. Thomson, son projet dépasse tout simplement l'entendement ! L'artiste a décidé de réaliser un peplum (oui, rien que ça !) dans la chambre de son deux-pièces-cuisine ! Ceux qui ont eu la chance de visiter son décor ont pu mesurer le caractère ambitieux du projet !!! A l'heure actuelle, on est sans nouvelle du "réalisateur fou" et de ses disciples en toge blanche, mais on espère très fort. Allez, Antonio, on est tous avec toi !